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lundi 29 mars 2010

RÉFLEXIONS SUR NOTRE COOPÉRATION AU NIGER

Le bilan de plusieurs années de coopération pose de nombreuses questions qu'il convient d'aborder tant entre nous, acteurs français qu'avec nos partenaires nigériens. Nous distinguerons les problèmes conjoncturels actuels et les problèmes plus permanents.

Aspect conjoncturel : les élections municipales du 27 décembre 2009, boycottées par l'opposition au président Tandja viennent d'être annulées par le Conseil Suprême pour le Retour à la Démocratie avant même que les maires issus de ces nouveaux conseils aient été élus et sans qu'à ce jour le CSRD ait précisé qui assure la continuité de la gestion dans les 265 communes du Niger : les maires élus en 2004 ou un fonctionnaire à désigner ? Quelle que soit la solution retenue, il est clair qu'il ne pourra être discuté à nouveau de programme d'action sur plusieurs années que lorsque de nouvelles élections libres auront permis de désigner un conseil et un maire. Ce processus demandera sans doute plusieurs mois et conduira inévitablement à un certain ralentissement des actions prévues en 2010 dans le cadre de l'appui institutionnel et de l'appui aux services publics municipaux (eau, assainissement etc.)
Mais cette situation en principe ne devrait pas trop gêner l'appui que nous souhaitons apporter aux acteurs de la société civil de Tillaberi en faveur du développement, surtout lorsqu'au delà des élus et des services municipaux de la collectivités du Nord, il existe des acteurs de la société civile de cette collectivité motivés pour agir auprès des acteurs de la société civile de la collectivité du Sud : organisations paysannes, organisations de femmes, coopérative, parents d'élèves etc.

Au delà du problème de financement de ces actions, le principal problème qui se pose alors est celui du choix du ou des bénéficiaires de ces actions. Nous nous refusons à faire de l'assistance et nous souhaitons intervenir en appui. Encore faut-il que nous puissions trouver à Tillaberi des groupes constitués porteurs réels de projets de développement afin que ces projets ne soient pas des projets proposés et conçus par nous, au Nord que nos partenaires du Sud acceptent mais ne sont pas réellement approuvés. Ceci implique de notre part et de nos partenaires du RAIL qui agissent avec et pour nous à Tillaberi une attention toutes particulière aux acteurs potentiels du développement à Tillaberi, ceux auxquels nous pouvons apporter notre appui avec une réelle efficacité.
Certes nous connaissons déjà, depuis 20 ans de travail à Tillaberi certains de ces acteurs et nous continuons à travailler avec eux : les enseignants du CES, les groupes de micro crédits, les banques céréalières etc. Mais nous savons aussi que d'autres initiatives suggérées par nous même n'ont pas réellement réussi par manque d'implication réel au projet du coté de Tillaberi : la collecte d'ordures ménagères, malgré nos efforts répétés n'avait pas à l'époque été réellement portée par l'administration municipale et nos efforts sont restés vains.
Nous sommes persuadés qu'il y a de nombreux domaines qui touchent à la vie quotidienne des habitants de Tillaberi et notamment des femmes où nous pourrions apporter notre appui financier et éventuellement technique mais notre action dans ces domaines est conditionnée par l'existence d'un partenaire efficace. C'est ce que nous allons tenter avec le projet de la diffusion de farine pour enfants MISOLA en 2010, grâce à l'appui effectif de l'équipe nigérienne de MISOLA mais il y a sans doute d'autres voies à explorer au cours de nos visites et de notre travail avec le RAIL.
Le développement ne s'impose pas de l'extérieur. Il résulte d'initiatives locales. A nous de les détecter et de les appuyer.

jeudi 11 mars 2010

DESCRIPTIF DES MISSIONS DE L'ASSOCIATION ET DE LA VILLE

1) Les échanges
Développement d'un tourisme responsable grâce à la Maison de l'Amitié, et appui aux échanges entre professionnels d'un même domaine : enseignants, médecins, infirmières, pompiers, entrepreneurs, comptables, secrétaires …

2) L'accès à l'eau potable
dans les zones (encore nombreuses où des populations en sont privées : forages – pompes – bornes-fontaines …

3) Le développement économique :
les microcrédits : prêts à bas taux à des groupes solidaires qui s'engagent dans des projets comme l'élevage d'animaux, ou l'ouverture de petits commerces qui vont procurer des revenus supplémentaires : ..

4) L'éducation :
Construction de classes et amélioration de la qualité de l'enseignement - financement de stages de formation, appui aux associations de parents d'élèves, matériel pédagogique, manuels scolaires ..

5) La culture et la Francophonie
Appui à l'expression artistique des jeunes à travers le studio Joliba Soutien à la bibliothèque municipale et aux animations de promotion de la Francophonie qu'elle propose, …

6) La sécurité alimentaire
. Les banques céréalières : Prêts de céréales, achetées en période de bas prix, à des associations qui les revendent à prix coûtant en période de soudure, et alors remboursent la coopération.
. L'appui aux productions agricoles :Initiation à l'utilisation de semences à haut rendement, à la valorisation des produits (farine Misolla), soutien aux coopérateurs du périmètre irrigué de Tillakaina …)

7 ) La santé
(électrification de centres de soins primaires en panneaux solaires - dotations en équipements de l'hôpital de la ville)

- La nature de nos interventions est limitée par le niveau de nos moyens

- Il ne s'agit pas d'imposer des interventions dans les domaines qui semblent les plus importants aux habitants de Juvisy (paternalisme), mais autant que possible de les faire coïncider avec les demandes des habitants de Tillabéri (partenariat), qui ont le dernier mot, puisqu'ils participent en argent ou en nature à toutes les opérations ! !

- Prévoir la manière dont les gens vont pouvoir répondre ?

- Indiquer qu'on peut utiliser un pseudo ?

-Des photos repiquées des rubriques de présentation de la coopération, déjà sur le blog, peuvent illustrer chaque domaine ou presque, si vous ressentez le besoin d'aérer et de rendre plus attractif !

jeudi 4 mars 2010

PROCHAINE ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

L'assemblée générale de notre association se tiendra le samedi 10 avril 2010 à 15h30 à la salle Georges Brassens au 35 Avenue de la Terrasse. Elle sera l'occasion de faire le point sur notre action en 2009 et de définir nos orientations pour 2010. Les comptes détaillés seront soumis pour approbation et conseil sera renouvellé pour un tiers de ses membres. N'hésitez pas à venir, même si vous n'êtes pas encore membre de l'association, nous n'avons riens à cacher!

mercredi 3 mars 2010

INFO FLASH

Après la crise politique toute récente, un gouvernement provisoire a été formé. Il se compose de :
5 militaires (3 Généraux et 2 Colonels),
5 femmes de haut niveau,
et 10 civils de haut niveau.

SITUATION POLITIQUE AU NIGER TÉMOIGNAGE D'UN AMI

"Pour le putch, je crois que c'est du pareil au même; la seule différence c'est que celui-ci s'est fait avec des armes tandis que celui de Tandja s'est fait par détournement des outils démocratiques. Certes, je salue le départ de Tandja, mais j'ai peur pour l'avenir de ce pays déjà très éprouvé, s'il faut chaque fois que les armes crépitent pour stabiliser la démocratie. Pour moi, le mal du Niger est plus profond et résulte d'un cocktail de problèmes comme l'irrespponsabilité et l'incapacité de notre classe politque à jouer la vraie démocratie en respectant ses règles et ses principes, l'analpabétisme généralisé qui ouvre les portes à l'achat et à l'embrigadement des consciences populaires, le regionalisme, l'ethnocentrisme, le manque de la fibre nationaliste chez la majorité des nigériens, le tout baignant dans un arôme de pauvrété extrème qui conduit à la tentation, à la corruption et au détournement des deniers publics avec comme corollaire la rupture de confiance entre les dirrigeants et les dirigés. Voilà pour moi le vrai problème du Niger dont les coups d'Etat, style tandja ou style militaire, ne sont que des manifestatons paroxysmiques.
Vous trouverez mon discours peut-être un peu trop pessimiste, mais au prochain coup d'Etat vous comprendrez de quoi je parle."

N'hésitez pas à réagir!

dimanche 7 février 2010

INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE AU NIGER

Une nouvelle crise alimentaire se dessine au centre du Sahel et en particulier au Niger.

Le niveau de précipitations enregistré lors de l’hivernage 2009 (saison des pluies) est inférieur à l’année précédente.La situation pastorale est critique : les plans d’eau ne sont pas assez remplis et le tapis herbacé est médiocre, des départs précoces en transhumance induisent des risques de conflit avec les agriculteurs des zones d’accueil. Les attaques de pucerons, chenilles et autres parasites ont fait des dégâts sur les jeunes pousses. D’après le Comité Permanent Inter Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), on peut s’attendre à une baisse des productions céréalières de 26%, par rapport à l’année dernière. Le prix des denrées fluctue à la hausse, une partie de la population n’aura plus les moyens de s’approvisionner. Selon les prévisions de l’Institut National de la Statistique (INS) et du Service d’Alerte Précoce (SAP), deux institutions nigériennes, de 2,7 à 8 millions de nigériens (entre 18% et 52% de la population), pourraient être exposés à l’insécurité alimentaire dans les mois à venir. Si les études laissent redouter le pire, les réponses apportées par les dirigeants ou la communauté internationale semblent un ton en-dessous.

Pour sa part, l’association Juvisy-Tillabéri a décidé début novembre d’acheter préventivement 50 tonnes de mil pour les placer dans des banques céréalières. Les cours du mil vont s’envoler du fait de sa raréfaction et des spéculations. Les quinze banques céréalières crées en 2003 fourniront leurs 1150 adhérents (ce qui avec leur famille porte le nombre des bénéficiaires à 9 ou 10 000 personnes), en revendant la céréale quasiment au prix d’achat. La coopération sera alors remboursée de 80% de sa mise de fonds initiale.

Cette modeste contribution au niveau local ne doit pas faire oublier que le problème risque de toucher plusieurs pays tels le Tchad, le Burkina Faso ou encore la Mauritanie, d’où l’importance d’apporter aussi une réponse globale à la question de la sécurité alimentaire.

samedi 2 janvier 2010

BREVE (A PROPOS DE L'ATTAQUE DE CONVOI DANS L'OUEST DU NIGER)

A propos de l'attaque des saoudiens qui a eu lieu il y a quelques jours, c'est semble-t-il, du banditisme. Nous ne pensons pas qu'il s'agit d'un acte de terrorisme. Cette hypothèse est possible puisque ces saoudiens (venus pour chasser des outardes pour les hôtels de luxe en Arabie saoudite) se déplacent avec des 4X4 et des centaines de millions de francs CFA dans les poches. L'attaque a eu lieu à environ 20 km de Tillabéri en allant vers Ayorou. D'habitude ils se font escortés par l'armée mais cette fois-ci il n' y avait aucun militaire avec eux.

LES ELECTIONS MUNICIPALES AU NIGER

Les bureaux de vote au Niger ont fermé dimanche soir à l'issue d'élections municipales que l'opposition avait appelé à boycotter, et le taux de participation semblait avoir été faible, d'après un constat de l'AFP et des radios privées nigériennes. Voici quelques informations concernant les votes sur Tillaberi :

13 conseillers ont été élus. 11 sont du MNSD (soit 1 de plus par rapport au mandat précédent) et 2 sont du RDP. Ces 2 membres ont été élus grâce à l'appui du Maire adjoint qui bien entendu ne s'est pas présenté (CDS) mais a appelé ses militants (zone de Daibéri et Mari) à voter pour le RDP (parti du gouverneur actuel de Tillabéri). Maintenant on attend de voir qui sera le Maire car cette fois-ci il y a quand même plusieurs candidats opposés au Maire actuel. En outre, on ne sait pas pour le moment pour qui vont voter les deux conseillers du RDP. Le marchandage et les négociations se poursuivent au sein du MNSD. Le taux de participation à l'échelle nationale est d'environ e 51%.

mardi 6 octobre 2009

LE JEU AU SECOURS DE L’AIDE PUBLIQUE À L’AFRIQUE ?

Alain Joyandet Secrétaire d’Etat en charge de la coopération a émis l’idée d’une loterie lancée en France par la Française des Jeux (dont l’Etat est l’actionnaire majoritaire) dont les résultats dégageraient 10 millions par an au profit de l’Afrique.

Laissez-nous votre avis, vos commentaires nous intéressent.

lundi 5 octobre 2009

INFO FLASH: INONDATIONS DANS LA RÉGION D’AGADEZ.

De terribles inondations se sont produites à Agadez dans la nuit du 1er au 2 septembre.
De fortes pluies ont provoqué la rupture d’un barrage à 7 kilomètres de la commune d’Agadez. Les tempêtes ont ravagé 400 hectares de terres cultivées et dévasté des quartiers d’Agadez. Les inondations ont emporté habitations, bétail et privé les habitants d’électricité.
Le Collectif Nord-Niger, dont l'association Touaregs fait partie, lance un appel pour venir en aide aux populations touchées par ce désastre.

Vous pouvez adresser vos dons (la mention « urgence pour Agadez » doit être mise au dos du chèque) à l'adresse suivante:

Collectif Nord-Niger
11 rue Arthur Auger
92120 Montrouge

vendredi 18 septembre 2009

VOYAGE DÉCOUVERTE DU NIGER

« Impression du Niger »

Voilà déjà près d’un an qu’un petit groupe de Juvisiens se rendait au Niger pour un séjour d’une dizaine de jours. Pour la majeure partie d’entre nous, il s’agissait de notre premier périple au Niger.


Quel voyage et quels souvenirs !
Un voyage pas comme les autres, un voyage qu’aucun tour-opérateur, aussi bon soit-il, aurait pu organiser. Pour quelles raisons ? Tout simplement, parce que ce séjour est le fruit de 20 ans d’amitiés et de liens étroits tissés entre deux villes, leurs élus et diverses institutions locales, comme le lycée, les écoles primaires de Juvisy ….

Le marché de KATAKO

Et les habitants, direz-vous ? Eh bien, oui ! ce voyage avait aussi une résonance particulière car c’était la première fois que des habitants de Juvisy se rendaient, à titre personnel, au Niger et à Tillaberi.

Le programme du voyage a été élaboré par tous les participants avec l’aide précieuse des membres de l’association Juvisy-Tillaberi et de nos amis nigériens. Le premier temps fort du séjour s’est déroulé à Niamey, la capitale, et dans ses environs. Les visites commentées par un urbaniste de Niamey, nous ont permis de connaître et de mieux comprendre l’histoire, l’habitat et le développement de cette ville de plus de 700 000 habitants. Le marché de Kattako (marché de récupérations et de recyclages des matériaux …) a laissé à tout le groupe une forte et troublante impression de vie intense, de débrouillardise mais aussi de dénuement.

Bien sûr, nous sommes aussi partis en 4x4 dans la savane arborée à moins de 100 km de Niamey, à la recherche des girafes de Kouré. Moment magique !

Girafes de Kouré

Puis, le second temps fort de notre séjour est arrivé : Tillabéri. Instants inoubliables ! Tout au long des cinq jours de notre visite, les contacts avec les habitants ont été chaleureux, enrichissants et variés.

Cérémonie d'accueil

Les cérémonies d’accueil, dignes de grandes réceptions, et la fête pendant trois soirées successives nous ont mis rapidement dans l’ambiance. Les rencontres, riches de sens, avec des enseignants, des lycéens, un guérisseur africain (mais aussi, chose qui peut paraître étonnante, professeur de philo au lycée), des cultivateurs ( jardin de Tillakaina, des professionnels de santé ( le besoin médical est immense), ont rythmé nos journées et nos soirées. On n'oubliera pas aussi que certains d’entre nous ont participé dans une famille nigérienne à l’élaboration d’un repas.

Nous nous souviendrons aussi des balades sur le Niger dont celle à la recherche d’hippopotames, aperçus hélas de loin, la flânerie sur le grand marché de Yelwani et, bien sûr, la découverte des nombreuses réalisations de la coopération Juvisy Tillaberi dans la commune et dans des villages environnants.

Un grand merci à tous nos amis de l’association, de Tillaberi et de Niamey qui ont permis ce séjour si riche en émotions.

Martine et Patrick AVERLANT

mercredi 2 septembre 2009

DES NOUVELLES DE TILLABÉRI ET DU NIGER

Le référendum décidé par le Président Tandja contre l'avis du Parlement (qui a été dissous) et du Conseil Constitutionnel (qui a été modifié) s'est tenu le 4 août pour adopter une nouvelle constitution prolongeant de 3 ans le mandat du Président et autorisant son renouvellement ultérieur. Le taux de participation, officiellement de 62%, a été beaucoup plus faible à Niamey et à Tillabéri (de l'ordre de 30%) alors que le Premier Ministre est le président du MNSD (parti du Président Tandja) pour la région de Tillabéri et que le MNSD a 11 sièges sur 13 au Conseil Municipal de Tillabéri …
Le oui a obtenu 92% des votants, mais tous les partis autres que le MNSD avaient donné des consignes d'abstention.

Des manifestations contre ce "coup de force constitutionnel" ont été organisées à Niamey et dans de nombreuses villes, dont Tillabéri. Des arrestations d'opposants politiques ont eu lieu, y compris à Tillabéri (6 ou 10 selon les sources). Une nouvelle manifestation importante a eu lieu à Niamey le 30 août où une majorité de parlementaires démis par décret présidentiel, accompagnés de militants, ont tenté, sans succès, de pénétrer au Parlement. Il y aurait eu de nombreux blessés.

Le Président a décidé de faire élire le nouveau Parlement le 20 octobre, mais les principaux partis de l'opposition ont décidé de boycotter ces élections non conformes à la constitution antérieure. Seulement 28 anciens députés sont candidats pour les 113 sièges à pourvoir. De plus de nombreux députes sortants, y compris du parti du président font l'objet de poursuites. Les élections municipales sont prévues pour le 27 décembre 2009.

Enfin, sur le plan économique, la saison des pluies a été à nouveau très médiocre à Tillabéri où les prix des céréales étaient les plus élevés du Niger début août. La situation est meilleure dans l'Est du Niger.

vendredi 21 août 2009

TALIBÉS- LES ENFANTS DE DIEU

Extraits de Tanimoune Tribune journal des lycéens de Tillabéri reproduits avec l'aimable autorisation de Monsieur Issa Hassane, censeur, responsable de la publication

Avant que, par la colonisation, ne vienne chez nous, l’école étrangère classique, on avait une ancienne école conçue pour vulgariser l’Islam sur le continent : l’école coranique. Elle avait alors fonctionné tant bien que mal et dans ce parcours, on remarquera et déplorera une évolution négative de cette école.
Instrument de formation et d’éducation des enfants, l’école coranique jouait, jadis, un rôle strictement religieux. L’enfant apprenait la parole de Dieu et corrélativement un certain savoir-être et un certain savoir-vivre. Les marabouts étaient alors des érudits pour qui l’enseignement coranique était l’essence de leur vie. Ils servaient Dieu, la religion et leur société en transmettant aux enfants la sagesse et la foi qui doivent déterminer le comportement futur de l’homme dans son milieu. On le voit d’ailleurs chez C. Hamidou Kane dans l’aventure ambiguë. En effet la sévérité du maître Thierno en face de son disciple Samba Diallo n’est que l’expression d’une rigueur par laquelle l’homme veut réussir à construire une élite religieuse.

Aujourd’hui, hélas, nous ne pouvons que remarquer dans certains milieux une dérive de cette école qui continue, en cette ère de troisième millénaire, d’évoluer dans l’informel. Cette situation gravissime n’a pas empêché des parents de préférer cette école à celle dite occidentale ou étrangère (toutes les deux ne sont-elles pas des écoles étrangères ?). Pourtant, au lieu de leur revenir formés et sages, le plus souvent, bon nombre de garçons deviennent abrutis, plus aptes à rentrer dans la pègre que dans la société civilisée. C’est dire que cette école ancienne, dans les conditions actuelles de sa gestion, est condamnable et que des réformes s'imposent.
Il est de notoriété publique que l’école coranique formalise presque l’exploitation des enfants. Ce n’est plus leur instruction qui est prioritaire chez beaucoup de marabouts. On voit leurs élèves qui, mal fagotés, défient le froid, ou pieds nus affrontent la canicule et la terre ardente de mai, pour chercher, une vielle tasse à la main, leur pitance au milieu de ces « Armadjirbaras » plaintifs.

C’est une vie difficile et, à voir les conditions précaires dans lesquelles ces enfants évoluent, il va sans dire que certains parents renoncent à y envoyer leurs progénitures. Pour apprendre et pour aimer Dieu, a-t-on besoin de souffrir ? Pis, quand on voit la qualité de la nourriture qu’ils gagnent et qu’ils mangent, un mélange de tout et de rien, on est en droit de craindre pour leur santé. Ce sont des grands pèlerins de la faim qui, dans leur voyage pédestre, souvent du Mali au Niger, passent de village en village pour aller chercher le savoir (?).
Pauvres petits garçons frêles aux pieds fragiles ! Ils sont envoyés par les parents pour chercher le savoir et ils voyagent ! C’est l’exemple de cet enfant qui nous dit qu’il vient du Mali avec son marabout Mohamed pour la première fois à Tillabéri. Un autre nous confie qu’il vient de Fandou (Damana) et qu’il était venu déjà, d’autres fois, à Tillabéri. Ils précisent qu’ils y restent jusqu’à l’approche de la saison des pluies pour retourner dans leur village cultiver la terre (en fait les champs du marabout !). Ils ajoutent également que certains de leurs condisciples leur arrachent les sous que leur donnent leurs parents, les repas qu’on leur donne, d’autres les frappent. Certains prennent de la dissolution pour se droguer. Souvent ces derniers, indiquent-ils, ne dorment pas avec eux, ils sont dans la rue ou dans les gares.


La vie des talibés est un enfer. Nous trouvons dommage que cette école de Dieu vienne légaliser la mendicité, alors que la religion elle-même au nom de laquelle elle se fait, l'a proscrit. Il arrive que ces enfants qui font pitié deviennent encombrants pour la société. Ils passent tous en file indienne à la porte de toutes les maisons avec des phrases du Coran pour toucher notre pitié et nous arracher un peu de notre repas. Pour nous il est évident qu’une société ne peut pas évoluer avec de tels comportements.
Nous avons interrogé un marabout qui, vraisemblablement n’a pas voulu nous « ouvrir son cœur ». Il s’est contenté de nous dire vaguement qu’il n’a aucun problème pour le moment. Et comme pour se racheter, nous a dit qu’il y avait quelques années, des talibés qui dormaient dans la rue l'avaient quitté sans l’informer. La fumée, c’est le signe du feu. Les enfants ne peuvent pas l'avoir abandonné sans raison.
Par contre, ce que nous savons par nos investigations et qu’on ne peut pas courageusement nous dire, c’est que ces enfants sont exploités par certains maîtres. Ils travaillent et mendient au profit de ceux-ci. Il semble d’ailleurs qu’à Tillabéri pour travailler facilement et à moindre frais votre parcelle de riz, il vous suffit de donner une certaine somme au marabout qui enverra ses talibés dans votre champ. Ce sont eux qui travaillent, c’est l’autre qui en tire profit ! Vive la vie !

ENRACINER LA DÉMOCRATIE

Que de chemin parcouru en un peu plus de 20 ans !
La commune de Tillabéri n'existait juridiquement pas en 1986 lorsque l'association "Collectif Tiers Monde" de Juvisy, devenue en 1987 l’Association Juvisy-Tillabéri, décidait de participer à la création de 15 puits destinés à permettre des cultures maraîchères pendant la saison sèche.

Mi 1988, dans le cadre d'une nouvelle organisation administrative du Niger, Tillabéri devient Préfecture de l'ancien département de Niamey (à l'exclusion de la ville de Niamey) et la commune urbaine de Tillabéri est juridiquement créée avec un modeste budget en propre. Elle sera administrée pendant 16 ans par des "administrateurs délégués" successifs désignés par l'Etat. Des services propres à la commune se mettent progressivement en place: état civil, cadastre, assainissement, etc.

Juillet 2004. Un Conseil Municipal est élu démocratiquement pour gérer une commune urbaine dont le territoire passe de 52 à 452 km² et la population de 25.000 à environ 48.000 habitants. Mr. Mourou Kaboyé devient le premier maire élu de Tillabéri en septembre 2004.

Dès 1991, l'un des domaines prioritaires de notre coopération à Tillabéri sera l'appui aux services municipaux, pour tenter de résoudre les problèmes d'hygiène et d'assainissement (déchets ménagers, création de 500 puisards pour les eaux usées et de quelques 150 latrines avec la participation financière et physique de la population concernée), renforcer l’équipement matériel de la mairie, améliorer l'accès à l'eau potable, progressivement créer une bibliothèque.

A partir de début 2005, en plein accord avec le conseil nouvellement élu, cette priorité est confirmée. Notre première responsabilité de partenaire est de renforcer les moyens de la commune de Tillabéri:
- en offrant des formations tant aux nouveaux élus qu'à des cadres communaux
- en apportant notre appui à l'élaboration participative d'un plan de développement communal à 3 ans approuvé par le Conseil Municipal début 2006
- en équipant la commune d'un premier véhicule 4x4 et de divers autres matériels essentiels (informatique, photocopie)
- en participant au recrutement d'un agent en charge de l'assainissement
- en recherchant de nouveaux financements pour permettre un véritable accès à l'eau potable de toute la population
- en effectuant des études pour améliorer l'efficacité des services et définir des plans d'action dans le domaine de l'eau ou de l'évacuation des eaux usées.


Ci-dessus la mairie de Tillabéri

Pour 48.000 habitants, les services municipaux comprennent au total 28 agents. Une douzaine d'agents de l'Etat continue à apporter un appui conseil à la commune dans les domaines les plus divers: planification, agriculture, élevage, éducation, culture, etc.
Le budget de fonctionnement de la commune représente 2€ par habitant et par an et celui d'investissement hors subvention de l'ordre de 0,4€.

En 2008, l'appui financier de Juvisy et de ses partenaires s'élèvera à 45.000 euros pour l'appui institutionnel et aux services de la Mairie (à l'exclusion de l'eau et de l'éducation).

La population qui a élu son conseil attend de lui des résultats concrets pour l’amélioration de sa vie quotidienne. L’enracinement de la démocratie suppose que les élus fassent la preuve de leur efficacité malgré la très grande faiblesse de leurs moyens. A nous de les aider à relever ce défi.

L'ENVIRONNEMENT : LE DÉFI DE LA DÈSERTIFICATION

Des étendues arides aux couleurs ocres parsemées de touffes d'acacias, un épais ruban de verdure, le territoire de la commune de Tillabéri a le charme envoûtant des paysages sahéliens mais, comme partout dans cette région, depuis plusieurs décennies, la désertification progresse inexorablement.
Les saisons sèches (d'octobre à mai ) s'allongent, les saisons humides sont de plus en plus souvent interrompues pas des phases de sécheresse qui détruisent les récoltes de mil.
54300 habitants appartenant à différentes ethnies : Zarma (les plus nombreux), Peuls, Bellas, Haoussas, … presque tous musulmans, se répartissent en un centre urbain et plusieurs villages sur 450 km² (Juvisy =2,3 km²). Le centre ville (17000 habitants ), sur la rive gauche du fleuve, rassemble fonctionnaires (la ville est capitale régionale), commerçants et artisans. Les habitants des villages situés dans les îles vivent de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche, ceux de l'intérieur des terres, de la culture du mil en saison humide.
Les revenus très faibles de ces activités mettent l'immense majorité de la population au dessous du seuil de pauvreté de deux dollars par personne et par jour.
C'est par le développement de l'irrigation que l'ont peut faire face aux irrégularités du climat et tenter d'améliorer les revenus. Cultures maraîchères et surtout périmètres rizicoles apportent des compléments essentiels pour la survie et le maintien des paysans tentés par l'émigration vers des villes où aucune infrastructure et aucun emploi ne peuvent leur être proposés.


Le réchauffement climatique sera, les scientifiques nous l'annoncent, particulièrement destructeur pour les pays de l'Afrique sahélienne. Comment rester insensibles devant les difficultés de ses hommes et de ces femmes engagés dans la lutte contre la désertification.

vendredi 3 juillet 2009

Mandat des élus nigériens (Info Flash)

L'équipe opérationnelle d'Aniya vient de nous informer que le mandat des élus locaux a été prorogé hier suite à un conseil des ministres, de six mois à compter du 1er juillet 2009.

Limiter l’impact d'une pluviométrie irrégulière et améliorer les revenus

La production des céréales vivrières dépend essentiellement de la saison des pluies qui va de fin juin à fin septembre. Absence ou insuffisance de pluie veut dire absence de récoltes jusqu’à l’année suivante. Ce fut le cas en 1997 et en 2004. Réduire cette dépendance est donc essentiel. Ce fut l’objectif de nombreuses actions depuis la création, dès 1986-1987, de 15 puits pour permettre des cultures maraîchères permanentes jusqu’à l’acquisition en 2008 d’une pompe d’un coût total de 15 000 euros pour remplacer l’une des pompes à bout de souffle du périmètre irrigué de Tillakaïna datant de 1983.


La technique des « zeis » qui assure une protection des sols contre l’érosion par les pluies et une fertilisation de ceux-ci a été introduite à Tillabéri par Juvisy dès 1993-1994.

Pour limiter la spéculation sur les céréales, quinze « banques céréalières » réunissant au total quelques 400 « coopérateurs » ont été mises en place depuis 2003.



Enfin, en 2008, des semences améliorées ont été testées avant une généralisation éventuelle.
Parallèlement, dès 1995 était introduit par Juvisy à Tillabéri un système de microcrédits à des groupes solidaires, essentiellement de femmes. Des sommes de l’ordre de 80 à 100 euros sont prêtées pour quelques mois pour démarrer une activité : petit commerce, l’élevage d’un mouton, une activité artisanale. Chaque année, de l’ordre de 150 personnes ont bénéficié de cette activité. A partir de 2003, cette activité a été confiée à l’une des mutuelles de Tillabéri. Le taux de remboursement est de près de 100%.



Enfin, dès 1999 était lancée chaque année une opération d’appui aux initiatives économiques des jeunes à travers une formation minimale à la gestion et un prêt d’un montant variable de 100 à 250 euros sur 6 mois pour lancer une activité artisanale. Grâce à un suivi intensif, le taux de remboursement est proche de 95%. Environ 35 jeunes bénéficient chaque année de ce dispositif.





Appui à l'éducation : du quantitatif au qualitatif

Pays pauvre le Niger ne réussit pas à scolariser tous ses enfants. L'appui de la coopération Juvisy au système éducatif a d'abord porté sur l'augmentation du taux de scolarisation. Réhabilitations de locaux dégradés, constructions de classes nouvelles, achats ou réparations de tables bancs, dons de fournitures, incitations des parents à envoyer leurs enfants à l'école, l'Association Juvisy Tillabéri a contribué à faire de Tillabéri l'une des villes du Niger qui peut aujourd'hui se féliciter de scolariser 90% de ses enfants, garçons et filles. La commune urbaine compte 30 écoles primaires en 2008.




S'il est essentiel de poursuivre ces formes d'appui pour faire face à l'augmentation rapide du nombre des élèves, se pose maintenant le problème de l'amélioration de la qualité de l'enseignement. La coopération finance l'achat d'un livre du maître pour chaque enseignant, les écoles de Juvisy dotent leurs correspondants de fournitures et de livres de pédagogie, les moyens des conseillers pédagogiques sont renforcés.

Les instituteurs et institutrices, pour la plupart contractuels et très mal rémunérés, n'ont pas reçu de formation alors qu'ils ont la redoutable tache d'enseigner la lecture, l'écriture, le calcul en Français, la langue officielle, mais une langue étrangère à tous (élèves et enseignants), puisque chaque ethnie a sa propre langue ou son dialecte.

La défense de la francophonie passe par un effort de la France et des Français, par des échanges avec les enseignants nigériens de terrain, nous y participons à Tillabéri.


LE BESOIN DE SE RENCONTRER

La télévision et les voyages proposés aux quatre coins du monde peuvent donner l'illusion que l'on connaît tout des "autres", aussi lointains soient-ils, par l'espace qui nous sépare, par le mode de vie, par la culture. En fait, chacun en a fait l'expérience, pour se connaître, il faut se rencontrer et se donner le temps de la rencontre, c'est ce que permet notre jumelage.

La solennité qui a marqué les premiers séjours, il y a vingt ans, est soigneusement entretenue. Aujourd'hui encore l'arrivée d'un groupe de juvisiens commence toujours par des visites de courtoisie, y compris aux autorités traditionnelles.
Mais les projets menés à bien : réalisations améliorant directement la vie à Tillabéri, spectacles pour des groupes de jeunes, productions communes entre professeurs et élèves des deux pays, ont suscité des relations d'amitiés et surtout ont permis aux uns et aux autres de mieux approcher les préoccupations profondes et l'univers mental des partenaires. Rapports hommes femmes, (radicalement différents mais très compliqués dans les deux cas !), fondements de la hiérarchie sociale (argent ou appartenance à une lignée ou sagesse ), formes de résolution des conflits (appel à la police et à la justice ou respect amiable des règles de cousinages et de l'arbitrage des autorités traditionnelles), partage d'expériences et de compétences professionnelles … la conviction que des gens très différents par leur mode de vie et leur culture peuvent s'enrichir mutuellement est vite devenue une évidence.

Le coûteux des transports et le manque d'infrastructures freinaient les échanges, la Maison de l'Amitié va leur donner un nouvel élan. L'avenir du respect que nous devons porter aux autres réside dans ces rencontres.